À Vermand, l’un des ensembles funéraires les plus importants pour la connaissance de l’Antiquité tardive est celui de Marteville, faubourg situé au sud-est de la localité. Cette nécropole, installée sur la rive gauche de l’Omignon, s’inscrit dans un paysage archéologique particulièrement dense, autour de l’ancien oppidum des Véromanduens. Le site de Marteville était connu depuis longtemps par des découvertes anciennes, mais ce sont surtout les recherches modernes qui ont permis d’en saisir l’importance réelle.

L’histoire du cimetière commence bien avant les fouilles contemporaines. Dès le XVIIIe siècle, Dom Grenier signalait déjà la présence de sarcophages dans les environs de Marteville. Au XIXe siècle, plusieurs campagnes mirent au jour des vestiges antiques, des cercueils de pierre et des objets qui laissaient deviner l’existence d’un vaste espace funéraire. Toutefois, ces premières explorations restèrent incomplètes, parfois désordonnées, et une partie du site fut perturbée avant que des interventions plus rigoureuses ne soient entreprises. Les recherches anciennes avaient ainsi révélé la richesse du secteur sans parvenir à en donner une lecture vraiment scientifique.

La nécropole fouillée se trouvait précisément sur la parcelle 193 du cadastre, au lieu-dit « Au-dessus de la Maison Lalue ». Elle était bordée au nord par la chaussée romaine reliant Vermand à Saint-Quentin et limitée à l’est par l’ancienne voie ferrée Vélu-Berthincourt. Le terrain, établi sur une craie recouverte d’un limon de plateau de 20 à 40 centimètres d’épaisseur, a fortement conditionné le travail des archéologues : la compacité de la craie rendait souvent les contours des fosses difficiles à distinguer, ce qui compliquait l’observation des tombes. La fouille de sauvetage commença le 1er mai 1968, après l’ouverture d’une carrière qui avait révélé des objets dispersés. Elle se poursuivit ensuite au rythme de l’avancée de l’exploitation.

Entre 1968 et 1974, cinq campagnes de fouilles furent menées. En 1976, le bilan atteignait cinquante-neuf inhumations : dix-huit en pleine terre, trente-six en cercueil de bois, deux en sarcophage, auxquelles s’ajoutaient trois tombes vides. Les profondeurs variaient fortement, des sépultures très superficielles à d’autres creusées jusqu’à 3,50 mètres. Les orientations n’étaient pas totalement uniformes, mais l’axe est-ouest dominait nettement. Cette organisation, combinée à la diversité des modes d’inhumation, montre que le cimetière a connu des pratiques funéraires variées, sans rompre pour autant avec une certaine cohérence d’ensemble.

La datation situe l’utilisation de cette nécropole dans la seconde moitié du IVe siècle. Elle repose sur

plusieurs indices : la présence de fibules cruciformes, de fibules à clochette de type germanique, de verrerie, d’un bol décoré à la molette daté entre 385 et 420 apr. J.-C., ainsi que de monnaies allant de l’interrègne 330-346 à Valentinien II. Restons cependant prudents : la date exacte de mise en service du cimetière comme celle des dernières inhumations demeurent incertaines. Cette réserve est importante, car elle rappelle que la nécropole appartient à une période de transition, encore partiellement difficile à cerner.

Le mobilier funéraire découvert dans les tombes est particulièrement révélateur. Plusieurs sépultures ont livré une verrerie abondante : carafes, fioles, gobelets, urnes en verre. D’autres contenaient des plats en bronze, des peignes en os, des clefs, des vases en céramique grise ou rouge, voire un coffret en bois recouvert de plaques de bronze repoussé et un ensemble de lampes à huile en bronze. Certaines tombes étaient au contraire très pauvres, ou totalement dépourvues d’objets. Le contraste entre ces ensembles montre que le cimetière n’était pas uniforme. Il associait des inhumations modestes à d’autres dotées d’un mobilier plus élaboré.

L’abondance des tessons dans les remblais de plusieurs tombes pourrait correspondre,  à des dépôts d’offrandes modestes, accomplis quand les proches du défunt ne pouvaient offrir des vases entiers. De même, la place importante de la verrerie par rapport à la céramique pourrait s’expliquer par les ressources locales et par l’activité artisanale de la région, déjà signalée par la découverte de batteries de fours de potiers et d’autres installations antiques autour de Vermand. Il s’agit là d’hypothèses proposées par les fouilleurs, qui éclairent le site sans lever toutes les incertitudes.

Ainsi, le cimetière gallo-romain de Vermand, et plus précisément la nécropole de Marteville, constitue un témoignage précieux sur les pratiques funéraires de l’Antiquité tardive dans le Vermandois. Par la diversité des sépultures et la richesse de certains objets mis au jour, il offre un éclairage concret sur la vie — et la mort — d’une communauté installée autour de ce centre antique. Pour prolonger cette découverte, nous vous invitons à venir au musée admirer une partie du mobilier issu des fouilles, précieux témoin de l’histoire ancienne de Vermand.

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