Vermand, la capitale qui a changé deux fois d'adresse
01 août 2026Deux villes, un seul peuple. Pendant des siècles, la civitas des Viromandui hésite entre deux chefs-lieux distants d'à peine onze kilomètres : Saint-Quentin et Vermand. Retour sur une histoire de pouvoir, de guerre et de sanctuaires, entre l'oppidum gaulois et les derniers feux de l'Antiquité.
Un chef-lieu, deux visages
Quand Ptolémée mentionne Augusta comme ville principale des Viromandui, l'affaire semble entendue : ce nom désigne Saint-Quentin, comme le confirme l'un des quartiers médiévaux de la cité, encore appelé « Aouste » à cette époque. Les fouilles archéologiques dessinent d'ailleurs les contours d'une agglomération antique déployée sur 50 à 60 hectares. Pourtant, plusieurs indices bousculent ce récit trop simple. À la fin de l'Empire, le nom même de Vermand — Viromandis, Vermandis — trahit une promotion au rang de chef-lieu de cité. Un basculement de pouvoir, en somme, entre deux villes rivales.
Un titre disputé, une durée éphémère
Cette promotion divise encore les chercheurs. Elle dure peu de temps, en tout cas : le siège épiscopal du Vermandois quitte Vermand pour Noyon dès le milieu du VIe siècle. Quant aux comtes mérovingiens, leur résidence demeure inconnue ; on les localise avec certitude à Saint-Quentin seulement au IXe siècle, moment où celle-ci redevient sans conteste la capitale du Vermandois.
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Vermand avant Vermand : un rôle central dès la guerre des Gaules
Le site de Vermand ne surgit pas de nulle part au Bas-Empire. Il occupe déjà une place centrale au sein de la civitas viromanduenne, dès l'époque de la guerre des Gaules et les années suivantes. Seul oppidum sévère attribué à ce peuple, il porte alors le rôle de véritable chef-lieu. La fondation d'Augusta à seulement onze kilomètres au sud-est illustre un phénomène bien documenté ailleurs en Gaule : le « déperchement » des oppida, ces capitales gauloises perchées qui cèdent leur rang à de nouvelles villes de plaine, plus adaptées au monde romain naissant. Le réseau routier garde la trace de cette double histoire : les voies de Reims à Amiens et de Beauvais à Bavay se croisent précisément à Vermand, tandis que le réseau centré sur Saint-Quentin apparaît dans un second temps.
Une agglomération secondaire, mais loin d'être secondaire!
Privé de son statut politique dès l'époque augustéenne, Vermand conserve néanmoins une vitalité manifeste. L'ensemble cultuel imposant de Marteville, avec ses trois sanctuaires gallo-romains, garantit à la ville une place de choix sur le plan religieux, bien après la perte de son rôle administratif. Reste une question, à laquelle l'archéologie ne répond pas encore totalement : dans le contexte troublé du Bas-Empire, les vieux remparts de l'oppidum offrent-ils une protection recherchée, faute de castrum à Saint-Quentin ? L'hypothèse séduit : Augusta, ruinée ou difficile à défendre, cède alors le pas à Vermand, redevenue ville principale. La chronologie exacte de ce transfert reste incertaine.
Sous terre, les preuves d'une ville dense
Les campagnes de fouilles récentes — rue des Troupes en 1997, puis plusieurs sondages entre 1999 et 2001 — révèlent un habitat modeste en bois et torchis, organisé le long d'une rue équipée de trottoirs et d'un égout. Trois zones d'occupation antique se dessinent nettement : l'oppidum lui-même, occupé sans interruption de l'époque augustéenne au début du Ve siècle ; le secteur du Calvaire, au nord-ouest, actif jusqu'à la fin du IVe siècle ; et le Champ des Noyers, à Marteville, fréquenté depuis La Tène moyenne jusqu'au début du Ve siècle. Les nécropoles complètent ce tableau. Cinq à six groupes de sépultures jalonnent le territoire, dont la plus vaste, mise au jour en 1885-1886 au lieu-dit « Les Remparts » : 429 sépultures y sont répertoriées, parmi lesquelles un « tombeau militaire » livre un mobilier caractéristique du milieu militaire de la fin du IVe ou du début du Ve siècle.
Les premiers chrétiens de Vermand
Quelques objets - un gobelet et deux coupes en verre gravées, des coffrets à décor estampé, une bague ornée d'un chrisme - attestent la progression du christianisme dans ces nécropoles dès le IVe siècle. Un couvercle de sarcophage porte même une inscription rétrograde, PASCENTIA, prénom porté par des chrétiennes de l'époque. La première mention certaine d'un évêque du Vermandois remonte à 511 : un certain Soffronius signe alors au concile d'Orléans en tant qu'episcopus de Veromandis.
Le crépuscule d'une capitale
Densément peuplée jusqu'au début du Ve siècle, l'agglomération de Vermand se raréfie ensuite dans les sources archéologiques. L'évêque part à Noyon pour des raisons encore mal cernées. Pendant ce temps, à quelques kilomètres, le culte des reliques du martyr Quentin fait naître un bourg monastique près des ruines d'Augusta. Aux Xe-XIe siècles, quand une véritable ville renaît sur ce site, elle porte le nom de ce bourg, Saint-Quentin , et éclipse définitivement l'ancien chef-lieu du Haut-Empire. Vermand, la capitale d'un temps, redevient alors un simple village.
Une histoire à redécouvrir au Musée du Vermandois, à travers les collections archéologiques issues des fouilles de Vermand et de Saint-Quentin.
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